Voici la facture officielle de l’opération, sans les frais des rendez-vous avec la chirurgienne et l’anesthésiste. La sécurité sociale m’a remboursé 300e, la mutuelle 123. J’ai donc payé de ma poche 287 euros et 80 euros de frais hospitaliers pour mon accueil en ambulatoire.
Total personnel : 367 euros. Si j’avais su j’aurais demandé à récupérer le bout pour le revendre, sait-on jamais. A savoir : le prix contient également le suivi infirmier et tous les pansements, dont je ne connais absolument pas les prix. Quand même, je n’étais pas prête.
Je reçois quatre sacs complets de pansements, compresses et
autres ustensiles pour mes soins quotidiens. Je rencontre les gens fabuleux qui
vont discuter directement avec Vlad (autrement dit, mon fessier) pendant deux
mois environ (les pauvres) plutôt que face à moi. J’espère qu’ils
s’habitueront.
La stomathérapeute (= experte de la vie après l’ablation
violente d’une partie du corps) m’avait conseillé de prendre un antalgique 20
minutes avant le soin. Je le faisais toujours les 15 premiers jours, et me
mettait en position de phoque sur un rocher en attendant le coup de sonnette.
C’est un bon moment car c’est la seule position où il n’y a absolument aucune
gêne ni douleur.
Le premier soin se fait sans aucune douleur, et
majoritairement, cela restera le cas. A chaque fois :
L’infirmière décolle le pansement.
Elle retire la mèche normalement imbibée de lymphe, fibrine et autres liquides que le corps sécrète pour cicatriser. Note : la mèche est une bande de coton/tissu fine. Je le précise parce que je m’imaginais que c’était une mèche type mèche de bougie et qu’on allait me recoudre tous les jours … mais non, c’est nettement moins violent !
Elle nettoie la plaie au sérum physiologique avec une compresse.
Elle retire si nécessaire la fibrine (petits éléments blancs épais) accrochée aux parois de la plaie.
Elle remet une nouvelle mèche, une compresse, et un gros pansement américain (oui, ça fait couche, mais croyez-moi, je préfère avoir deux épaisseurs quand on m’a retiré tout l’épiderme à l’endroit précis où je m’assieds.)
Tadaaaa ! (photo du pansement sexy dans la page réservée aux gens insensibles très bientôt)
POUR LES CURIEUX OU LES FUTURS PROPRIETAIRES DE VLADIMIR (OU
SA FAMILLE) : J’ai tenu à prendre une photo de l’avancée de la
cicatrisation de ma plaie. Ce n’est pas joli à voir et pas pour les âmes
sensibles, voilà pourquoi je ne vous les expose pas comme ça, sans crier gare.
Si vous désirez voir les photos et que vous avez plus de 18 ans, rendez-vous
dans sur la page dédiée ou en cliquant ici.
Jour J : Je prends ce qui sera ma dernière douche *
soupir * pour un long moment à la maison. Puis direction l’hôpital à 9h. Là,
nouvelle douche à la Bétadine (même les cheveux #glamour) et enfilage du
costume bleu et blanc de patient, avec la petite charlotte et les chaussures en
papier. On me dit que je passerai vers midi. D’autres auraient paniqué pendant
ces trois heures d’attente, j’ai honteusement dormi comme une bienheureuse sous
une couette bien chaude jusqu’à l’arrivée du brancardier qui a fait semblant de
ne pas voir que je bavais allègrement sur le drap.
Le froid de l’ascenseur m’a réveillée un peu, mais bon,
relativisons, on va me renvoyer chez Morphée dans moins d’un quart d’heure. Je
fais tous les étages avant de descendre (ou monter ?) au bloc. Là,
apparemment, c’est l’ambiance, c’est l’anniversaire de Laurence, il y a des
frites à la cantine, et Kévin est encore absent, il n’a pas prévenu, le Dr
Charpentier dégomme tout le monde à cause de lui. Si j’avais la force je
participerais aux potins mais je n’ai qu’une envie, que l’opération passe.
A peine 10 minutes plus tard, je rencontre l’assistant de ma
chirurgienne qui m’explique qu’on va m’endormir sur le brancard. Je me demande
comment ils vont retourner mon poids mort sur la table d’opération. J’imagine
un gros poisson qu’on balance sur un étal, sans état d’âme. Bref. On me
perfuse, on m’annonce que ça va tourner, ça ne tourne pas. Puis vient le masque
et là, grosse pression, gaz dense, je me dis que je vais étouffer, mais là ma
tête tourne et je ferme les yeux pour ne pas vaciller.
Je me réveille quatre heures plus tard, dans le flou le plus
total.
Je comprends vaguement qu’on m’extube (c’est donc ça qui
pique tant dans la gorge …) et puis je comate gentiment en réanimation pendant
une heure. Ouvrir les paupières est un effort surhumain, franchement, on se
rend pas compte. Le lundi matin n’est RIEN à côté d’une sortie d’anesthésie
générale.
Aucune douleur, je suis encore sûrement shootée aux produits
anesthésiants. Juste cette gorge qui pique, je bois avec un bruit d’amateur
affamé de soupe. Je mange sans vomir (petite danse virtuelle de la joie) et me
lève, un peu plus tard, les jambes un peu flageolantes mais je peux me
déplacer. Et même … aller voir mon pansement dans la salle de bain.
C’est là que j’ai rencontré Vladimir, encore tout sanglant, pas encore repu visiblement car à la commissure de ses lèvres il restait encore du rouge. J’ai soulevé le coton et là j’ai vu que la chirurgienne avait fait un dessin assez réaliste de la zone à retirer.
Meet Vlad. (peinture par l’excellent peintre hacker français Blase, dont vous pouvez retrouver les oeuvres là : https://blasepheme.com/)
J – 60 : RDV avec la chirurgienne : chaleureusement conseillée par ma doctoresse, je n’y vais pas joyeusement. Mais bon. Elle tâte Ulrich et directement me fait comprendre qu’il a pris ses aises, le petit. Bizarrement, je ne sentais qu’une petite boule, mais quand elle tapote le contour, je comprends que le vicieux est beaucoup plus gros que ce que je pensais.
Rapidement, elle dessine : « Ca, c’est votre anus. Ca, c’est Ulrich. Il a contaminé la moitié de la raie des fesses avec ses bactéries. Il va falloir retirer tout ça, et vite. » Là-dessus, d’un geste sûr, elle dessine un cercle de 7 cm sur 7. Puis elle ouvre son agenda. Je ne peux plus reculer.
L’histoire commence il y a presque dix ans. J’étais étudiante,
rentrant de cours avec de petites ballerines grises neuves. Il avait légèrement
plu la veille, et fait froid le matin. Un peu de verglas s’était déposé sur les
trottoirs. La chute du siècle, autant dire. A la base ce n’était qu’une petite
bosse très douloureuse qui s’est transformé en abcès. Ulrich 1er
avait pris ses quartiers dans mon corps, bien décidé à y couler une retraite
paisible sans que je n’en sache rien.
Quelques années plus tard, après une soirée où il fallait
escalader des toits pour être un peu tranquilles, je glisse légèrement sur une
tuile et retombe sur le coccyx. La douleur revient et cette fois les abcès et les
douleurs ne partent pas malgré les traitements. Nous sommes alors en 2012, et
je vois un chirurgien qui m’explique l’opération, les soins quotidiens, et tout
le « c’est long et chiant, mais vous serez tranquille » certes mon
ami, mais j’ai des diplômes à passer pour avoir un métier. Cette histoire d’immobilisation
pendant au moins deux mois (en plus d’un séjour indéterminé dans un coin de la France
sans Wifi ni livres à disposition directe) m’enchante très très peu. Je refuse
l’opération, Ulrich vient de gagner encore cinq ans de répit. Mais ce que j’ignore
c’est qu’il s’engraisse, et fortement.
2018 : Allez savoir pourquoi, c’est durant cette année
qu’Ulrich a cessé de trouver mon fessier accueillant. Peut-être s’était-il lassé
des chaises de l’université et des multiples allers-retours en voiture qu’exige
le métier. En grossissant peut-être voulait-il signaler son désir de partir.
Quoi qu’il en soit, j’ai été obligée de reconsidérer mon refus de l’opération et
de profiter d’un arrêt longue durée pour éliminer Ulrich. Je ne me doutais pas
qu’il laisserait un fantôme assez envahissant après lui, que nous appellerons
volontiers Vladimir le Sanglant, pour toutes les symboliques que cela implique.
Ici commence notre histoire.